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Petite pensée philosophique du jour de Pâques : vivre, mourir, marcher…

by / lundi, 06 avril 2015 / Published in Style de vie naturel

On ne voit jamais les fondations sur lesquelles on repose. Par définition, les fondations sont ce sur quoi tout l’édifice est construit. Ce sont les postulats, les axiomes, ces idées que nous ne remettons pas en question et sur lesquelles tout le reste de notre idéologie repose. (Idéologie est ici pris dans un sens non péjoratif, et signifie simplement le système de pensée cohérent qui constitue notre grille de lecture à travers laquelle nous percevons le monde).

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Ces fondations sont invisibles. L’Homme ne peut voir ce sur quoi il est posé. Nous ne pouvons pas voir ce qu’il y a sous nos pieds. Les conséquences de cette idée pourtant simple sont immenses : nous sommes aveugles de ce qui fonde nos choix, conditionne notre vie, détermine nos actes et nos réflexions. En effet, pour avoir un regard sur nous-même, il faudrait par définition « sortir hors de nous même », ce qui est impossible. Ainsi, « l’Être là » exclut logiquement le « se voir là ». Cela peut sembler être une évidence, mais cette évidence doit être dite. Il nous faut nous rappeler à nous même que pour pouvoir prendre du recul sur notre vie, (et j’entends par là tous les paramètres qui déterminent notre existence en ce monde, et qui constituent nos modes de vie et nos idiosyncrasies), il est nécessaire de se décaler d’un pas, pour pouvoir jeter un regard sur le coté : « sortir » un instant de notre conditionnement (mode de vie, mode de pensée) pour pouvoir l’évaluer, et le comprendre, l’améliorer…

 

Pour pouvoir enfin voir ce qu’il se trouve sous nos pieds, il faut faire un pas. Hors, que se passe t’il si l’on se décale d’un pas? On peut jeter un regard sur ce qui était notre ancienne place, c’est vrai. Mais nous nous retrouvons maintenant de nouveau ancré sur une autre position. Nous nous sentons fort éclairés, car désormais nous pensons avoir pris du recul et « voir clair » sur ce qui était notre ancienne position, nous nous mettons à nous juger nous même « que j’étais ignorant avant »… Sauf que désormais, nous sommes doublement ignorants : en pensant savoir, nous ignorons que nous ignorons. Nous ignorons d’autant plus, car en réalité, notre nouveau positionnement nous cache de nouveau les fondations sur lesquelles nous nous trouvons désormais.

 

Faire un pas est donc insuffisant. La biologie nous apprend que l’organisme vivant se caractérise par une organisation complexe qui lutte constamment contre l’entropie. Réfléchissons à l’échelle de la cellule. Nous sommes tous composés de cellules, donc ce raisonnement sera ensuite fécond en analogies. Une cellule est un agencement complexe d’organites (comme les mitochondries) qui coopèrent pour maintenir un équilibre vital que l’on nomme homéostasie. Cet équilibre produit un ordre dans le système vivant. Si la cellule s’ouvre totalement à son environnement, elle risque de détruire cet ordre. D’un autre coté, elle a besoin de conserver avec son environnement des relations vitales et constitutives (échanges de fluides et de nutriments) pour conserver son équilibre. Tout cela est une affaire de dosages complexes, mais on peut en tirer une leçon : un équilibre vital est nécessairement un équilibre instable. Faire un pas puis ne plus bouger, c’est se condamner à terme. À l’instar de la cellule, un système de pensée clos et hermétique est condamné à mourir.

 

Il ne s’agit pas là de l’apologie d’un libre échangisme larvé. La clôture est aussi vitale que l’échange. La limite, la frontière est constitutive de l’être. Qu’est-ce qui est qui ne soit pas définit par ce qu’il n’est pas ? Comme le rappel Régis Débraie dans l’Éloge des frontières, être, c’est d’abord être délimité. La cellule, sans cet agencement organisé et minutieux de ses organites au sein d’une paroi à la fois perméable et sélective, ne serait rien, au mieux quelques organites librement dispersés et inopérants.

 

Il en va de même pour nos systèmes de pensées. Ils reposent sur des fondations invisibles. Ils génèrent eux-mêmes leur propre équilibre vital (homéostasie), dans le but de mettre de l’ordre dans le chaos des phénomènes de la vie (entropie).

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La question est alors de savoir : comment engendrer un équilibre dynamique dans nos paradigmes ? Comment faire si avancer d’un pas ne suffit pas pour pouvoir évaluer les fondations de notre pensée ? C’est simple… il faut marcher. Faire un pas, prendre du recul, mais ne pas rester figé là où nous sommes arrivés. Continuer de marcher. Revenir en arrière ? Pourquoi pas. Une fois que l’on a voyagé dans des contrées alors inconnues, revenir chez soit ne s’appelle pas revenir en arrière. L’œil éclairé par de nouvelles aventures ne voit pas la réalité de la même façon, si bien qu’il s’agit dorénavant d’une nouvelle réalité qui peut sourdre. Le « feedback », comme le nomme les cybernéticiens, c’est l’action en retour d’un effet sur sa propre cause. Si cette notion a un large spectre d’applications dans les domaines de la mécanique, de l’électronique et de la biologie (rétroaction des hormones par exemple), elle s’applique aussi à notre façon de penser le monde.

 

Les fondations de notre pensée génèrent des logiques qui nous permettent de lire le monde. Fort de notre grille de lecture du monde, nous prenons des décisions, consciemment ou non, nous faisons des choix, nous agissons… et le monde réfléchit nos actions. L’Homme qui marche peut analyser sans cesse ce retour de boomerang, cette interaction constante entre lui même à l’instant N-1 et le monde, de sorte que lui même à l’instant N « corrige » son rapport au monde en l’affinant. Pas à pas, il devient plus juste, plus aguerri dans sa marche, et bientôt, il coure, il surfe avec la vie.

 

Alors qu’il ignorait ses propres présupposés, il a fait un pas. Il est alors devenu autre. Or, symboliquement (voire même, ontologiquement) devenir autre c’est un peu mourir. Pour vivre, il faut marcher.

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Ken

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